Conférence de la CNES-PHILAE

La mission

Comment faire pour «poser» un robot d’une centaine de kilos sur une comète qui avance à la vitesse de 10 kilomètres par seconde? Mercredi 12 novembre, vers 9h35, la sonde Rosetta a largué le petit robot atterrisseur Philae, qu’elle transporte depuis 2004. «Si tout va bien, sept heures plus tard, on est sur zone, poursuit le spécialiste du Centre national des études spatiales (Cnes). Les experts ont calculé un milliard de trajectoires possibles. Mais on sait qu’au moindre problème, on est mort!»

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Largué à environ 20 kilomètres de la comète Churyumov-Gerasimenko, le robot de la taille d’un frigo s’est offert sept heures de chute libre pour se poser à la vitesse d’un mètre par seconde sur le «site J» qui a été retenu. La marge d’erreur est d’un kilomètre sur les quatre que mesure la comète. «Sur Terre, Philae pèse 100 kilos, mais dans l’espace, avec la gravité, cela revient à un gramme! Vous imaginez bien qu’au moindre dégazage de la comète, on dégage…» a déclaré Francis Rocard.

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Dès que le robot aura posé l’un de ses trois pieds sur la comète, un propulseur le plaquera au sol. Au même moment, trois harpons viendront se ficher à la surface afin d’ancrer le module. «La vraie inconnue, c’est la densité du sol, explique Francis Rocard. S’il est trop meuble, on peut s’enfoncer. Ca pourrait empêcher Philae de faire toutes les analyses, voire perturber les communications avec la Terre.» Au final, les experts estiment avoir une chance sur deux que l’atterrissage se déroule parfaitement. A 510 millions de kilomètres du poste de pilotage, c’est beaucoup et peu à la fois…

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Et si la réponse à nos questions sur les origines de notre système solaire se trouvait à 500 millions de kilomètres de chez nous ? En sondant le sol de la comète grâce au robot Philae, les scientifiques espèrent retrouver les macromolécules de carbone qui ont «ensemencé» les océans de la Terre juste après la formation du sytème solaire. C’était il y a 4,6 milliards d’années...

A l’origine, il n’y avait rien, ni matière ni espace ni temps. Et puis, une étincelle a jailli. Extrêmement puissante, c’est elle qui a mis le feu engendrant ce que les scientifiques ont appelé le «Big Bang». C’était la création de l'univers, il y a 14 milliards d’années environ. Dix milliards d'années plus tard, le Soleil s’est formé, Jupiter aussi, la Terre, elle, s’est créée environ 20 à 30 millions d’années après.

Le projet initial de la mission Rosetta consistait à ramener sur Terre un «échantillon cométaire». «Trop compliqué !» ont finalement tranché les scientifiques. «Les molécules qu'on souhaite analyser n'ont pas bougé depuis des milliards d'années. Nous n'aurions pas pu les faire revenir sur Terre sans les endommager lors du voyage. Du coup, les expériences menées n'auraient pas eu de sens», déclare l'astrophysicien Francis Rocard. Le robot Philae a donc été équipé d'un concentré de technologie afin de réaliser les expériences in situ.

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  1. APXS (Alpha-Proton-X-ray Spectrometer)  Allemagne:                                                                                        Analyser la composition chimique du sol
  2. CIVA (Comet Infrared & Visible Analyser, Caméras panoramiques et microscopiques) France:                    Sept caméras miniature, réaliser des vues panoramique en trois dimensions
  3. CONSERT (COmet Nucleus Sounding Experiment by Radio-wave Transmission)                                            Tomographe, déterminer le volume du noyau de la comète
  4. COSAC (COmetary SAmpling and Composition experiment)                                                                               Chromatographe, identifier et quantifier les poussières et les molécules organiques
  5. MUPUS (MUlti-PUrpose Sensors for Surface and Sub-Surface Science)                                                             Cartographe, comprendre les propriétés et la stratification de la surface
  6. PTOLEMY (Gas chromatograph-isotope ratio mass spectrometer) Grande bretagne:                                       Comprendre la géochimie des composants (Hydrogène, carbone, Azote, Oxygène) 
  7. ROLIS (ROsetta Lander Imaging System)                                                                                                               Premières images d'attérissage et recherches sur la minéralogie de la surface
  8. ROMAP (ROsetta lander MAgnetometer and Plasma monitor)                                                                             Magnétomètre,  Etude du champ magnétique et ondes plasma
  9. SD2 (Sampling, Drilling and Distribution)                                                                                                               Creuser, prélever des échantillons de la comète pour COSAC, CIVA et PTOLEMY
  10. SESAME (Surface Electrical, Seismic and Acoustic Monitoring Experiments)                                                    Sondeur, étudier les propriètès mécaniques et électriques de la comète

 

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Transportant en leur sein des macromolécules de carbone et beaucoup de glace, les comètes auraient conduit à la formation des premières bactéries dans les océans. Au fil du temps, les cellules se sont multipliées, les organismes ont grandi. Les méduses, les algues et les éponges ont été les premiers «êtres multicellulaires» à faire leur apparition. Les prélèvements que le robot Philae pourrait réaliser sont donc d’une importance capitale pour les scientifiques.

«Notre idée est de tenter de retrouver des macromolécules de carbone qui ont conduit à la formation de la vie sur Terre», explique ainsi Francis Rocard. Emprisonnées dans la glace cométaire qui n’a pas bougé depuis l’origine du système solaire, ces poussières et molécules sont donc toujours aujourd’hui      «dans leur état d’origine».

 

CE QUI S'EST PASSE

1.Philae s'est bien posé mais a rebondi deux fois et se trouve dans une «zone de falaises», sur le       noyau de la comète. «Il est coincé».

2. Le robot est sur une zone moins ensoleillée. Ca va être plus compliqué de recharger les batteries, mais pas impossible.

3. «Une moisson de données» a déjà été recueillie. «Les scientifiques trouvent ça extraordinaire»

4. Le forage est repoussé, l'engin n'étant pas stabilisé.